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Interview de Meryl Streep et Phyllida Lloyd pour La Dame de Fer

Par Christophe Trent Berthemin, 01/02/2012

S’il est une personnalité que le Cinéma devait un jour parvenir à cerner le temps d’un film, c’est bien Margaret Thatcher. Après Mamma Mia, la réalisatrice Phyllida Lloyd retrouve Meryl Streep. Rencontre avec les deux femmes pour le film La Dame de fer*. 

L'actrice Meryl Streep pour le film La Dame de fer

Qu’est-ce qui vous a d’abord intéressé sur ce projet ?

Meryl Streep : Je ne voulais pas faire un biopic mais avant tout un film sur la question du vieillissement, sur l’âge et la fin de la vie. Quand j’ai lu le scénario, j’ai repensé au moment où j’ai perdu mes parents et tout ça m’a fait réfléchir sur ce que l’on doit penser de sa vie quand on sait qu’elle va s’arrêter après avoir vécu plein de défis. Pour camper cette femme qui a été une icône pour la Droite et un démon pour la Gauche, j’ai cherché avant tout à trouver l’être humain. Le film se déroule à un moment spécifique, quand elle est âgée et hantée de souvenirs. Elle est alors entourée de femmes bien qu’elle ait toujours été entourée d’hommes pendant toute sa carrière. A partir de cette femme qui a aussi bien fait de grandes décisions pour une nation complète que des choix plus intimes, il fallait arriver à toucher le cœur de cette sensibilité humaine, c’est ça qui était très intéressant

Phyllida, vous aviez déjà tourné avec Meryl Streep pour Mamma Mia, pourquoi avoir fait à nouveau appel à elle pour ce projet ?

Phyllida Lloyd : Pour un rôle comme celui-là, on avait besoin de quelqu’un qui ait cette magnitude de star. L’avantage avec Meryl, c’est qu’elle ne porte pas d’intérêt qu’à son rôle mais à un projet dans son ensemble. Que ce soit avant le premier clap jusqu’au montage, elle est impliquée et on peut compter sur son indéfectible soutien. De plus, sur un plateau, elle a un vrai sens du tempo, elle sait que chaque seconde coûte de l’argent et elle sait donc être créative à chaque seconde. Elle a une énergie absolument incroyable et m’a appris beaucoup de choses.

Extraits du film La Dame de Fer avec Meryl Streep

En tant qu’actrice, aviez-vous l’envie de camper un personnage qui a su indéniablement faire porter aux hommes un autre regard sur les femmes ?

Meryl Streep : Oui, sa progression dans la politique a ouvert beaucoup de portes aux femmes. Elle n’était pas féministe et le féminisme n’a rien à voir avec son ascension, mais elle est arrivée à un moment où ça paraissait inconcevable. Je n’étais pas d’accord avec ses idées mais j’étais exaltée qu’un pays comme l’Angleterre, lorsque les rôles étaient encore bien séparés, choisisse une femme comme Premier Ministre. La preuve, trente ans plus tard, ce n’est toujours pas le cas aux Etats-Unis. Quand j’étais à l’Université, il y a donc… un siècle, elle n’était composée que de filles et nous avons ensuite fusionnés avec une autre Université, composée elle uniquement de garçons. Dès lors, les garçons n’étaient plus contents parce qu’ils pensaient qu’avec l’arrivée des filles, le niveau serait plus bas.

Affiche du film La Dame de Fer avec Meryl Streep

Le film n’est pas encore sorti qu’il est déjà l’objet de polémiques. Que ce soit l’actuel Premier Ministre britannique, David Cameron, ou l’ancien Ministre des Affaires Etrangères sous Thatcher, Douglas Hurd, certains reprochent au film d’oser dresser le portrait du vieillissement et de la maladie d’une femme… toujours en vie.

Meryl Streep : Je pense que ça a avoir avec le fait que nous ayons dépeint la manière dont quelqu’un peut souffrir de démence. C’est difficile de montrer au cinéma une dégénérescence mentale. Il n’y aurait pas eu de polémique si nous l’avions juste montrée avec un problème de jambe, par exemple. Néanmoins, rien dans la construction de cette fiction ne manque de respect ni à la maladie, ni à Margaret Thatcher.

Phyllida Lloyd : Trente ans après, je ne crois pas que ce soit trop tôt pour montrer sa vie, d’autant plus qu’il y a toujours une incapacité générale à la montrer autrement que comme une sainte ou comme un monstre. Beaucoup d’actrices de 20 ans que j’ai casté m’ont avoué qu’elles étaient allées voir sur Google qui elle était. D’ailleurs, nous avons invité Margaret Thatcher et ses amis à venir voir le film. Ils n’ont pas décliné mais ne se sont pas présentés non plus. Je pense qu’elle n’avait pas envie de voir le film en public. Cela dit, elle n’a jamais montré trop d’intérêt quant aux projets de films autour d’elle…

*Synopsis :
Margaret Thatcher, première et unique femme Premier ministre du Royaume-Uni (de 1979 à 1990), autrefois capable de diriger le royaume d’une main de fer, vit désormais paisiblement sa retraite imposée à Londres. Agée de plus de 80 ans, elle est rattrapée par les souvenirs. De l’épicerie familiale à l’arrivée au 10 Downing Street, de succès en échecs politiques, de sacrifices consentis en trahisons subies, elle a exercé le pouvoir avec le soutien constant de son mari Denis aujourd’hui disparu, et a réussi à se faire respecter en abolissant toutes les barrières liées à son sexe et à son rang. Entre passé et présent, ce parcours intime est un nouveau combat pour cette femme aussi bien adulée que détestée.

Sortie de La Dame De fer au cinéma : le 15 février 2012. Un film de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Susan Brown...
 

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DR Alex Bailey, DR alex Bailey pour Pathé Productions Ltd.

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